Banals ou banaux ?

L'adjectif banal admet deux pluriels, banals et banaux, mais pour deux sens bien distincts  : banals est le pluriel de l'adjectif banal (ordinaire, habituel), tandis que banaux est le pluriel de l'adjectif banal se rapportant au ban (dans le droit féodal : dont l'usage était imposé aux vassaux d'un seigneur moyennant une redevance).
  • Ces hommes banals travaillaient aux moulins banaux.



    Les noms en -al

    Les noms en -al forment leur pluriel en -aux (un canal, des canaux), sauf :
    • un aval, des avals ;
    • un bal, des bals (« des baux » existe bel et bien, mais peut être le pluriel soit de bau, poutre qui soutient le grand mât sur un bateau, soit le pluriel de bail, action de donner, engagement envers une autre personne, ou encore contrat juridique pour la garde d'un bien, d'un cheptel ou d'une personne à une autre personne qui devra l'assurer, le garder, le nourrir, le soigner, sous certaines conditions) ;
    • un bancal, des bancals ;
    • un barbital, des barbitals (sédatifs à action lente) ;
    • un cal, des cals ;
    • un Cantal, des Cantals ;
    • un caracal, des caracals (lynx du désert) ;
    • un carnaval, des carnavals ;
    • un cérémonial, des cérémonials ;
    • un chacal, des chacals ;
    • un choral, des chorals (chant religieux) ; 
    • un copal, des copals (résine utilisée pour la fabrication du vernis) ;
    • un corral, des corrals (enclos où est parqué le gros bétail) ;
    • un Emmental ou Emmenthal, des Emmentals ou des Emmenthals ;
    • un étal, des étals (bien que certains auteurs emploient encore étaux, de plus en plus délaissé pour étals, afin d'éviter l'homophonie avec étau(x) en français contemporain) ;
    • un festival, des festivals ;
    • un floréal, des floréals (huitième mois du calendrier républicain) ;
    • un final, des finals
    • un gal, des gals (unité de mesure) ;
    • un galgal, des galgals (tumulus mégalithique gaulois ou romain) ;
    • un gavial, des gavials (grand reptile aquatique voisin du crocodile) ;
    • un gayal, des gayals (boviné sauvage de l'Asie du Sud-Est) ;
    • un goal, des goals ;
    • un kraal, des kraals (village de huttes chez les hottentots) ;
    • un minerval, des minervals (frais de scolarité pour le secondaire dans certains pays) ;
    • un mistral, des mistrals ;
    • un narval, des narvals ;
    • un negro-spiritual, des negro-spirituals ;
    • un nopal, des nopals (plante grasse de la famille des cactacées) ;
    • un pal, des pals ;
    • un pascal, des pascals (cépage cultivé en Provence) ; 
    • un récital, des récitals ;
    • un régal, des régals ;
    • un rial, des rials (monnaie iranienne) ; 
    • un rorqual, des rorquals (cétacé à nageoire dorsale très développée) ;
    • un sandal ou santal, des sandals ou santals (arbre tropical) ;
    • un serval, des servals (appelé aussi chat-tigre d'Afrique) ;
    • un sex-appeal, des sex-appeals ;
    • un sisal, des sisals (agave d'Amérique et d'Asie) ;
    • un spiritual, des spirituals ;
    • un trial, des trials (épreuve d'endurance et d'adresse sur tout terrain ou... ténor léger spécialisé dans l'opérette).

    Idéal et val présentent deux pluriels qu'aucune nuance de sens différencie ; on peut tout aussi bien dire des idéals que des idéaux (plus courant), et des vals que des vaux.

    Pléonasme et battologie

    Si le pléonasme est une figure grammaticale jouant de la surabondance de termes pour plus d'expressivité :
    • « Je vous dis que j'ai vu de mes yeux un crime si hardi... Je l'ai vu, dis-je, vu, de mes propres yeux vu, ce qui s'appelle vu » (Tartuffe, acte V scène 7Molière)




    Il est souvent une faute de style, du fait de la redondance, de mots inutiles et donc à manier avec précaution.
    « Si on prend le terme de pléonasme dans le second sens de superfluité, c'est un véritable défaut qui tend à la battologie », Deauzée

    Battologie ? Répétition inutile ; de Battos, nom d'un roi de Cyrène qui était bègue.



    Taux d'alcoolémie, c'est trop d'alcoolémie !

    L'alcoolémie est le taux d'alcool présent dans le sens : un taux d'alcoolémie est donc une tournure pléonastique. 



    Ha ha ha ! Aaaaah ! « à » ou « a » ?

    Un à (avec accent grave) est une préposition, tandis qu'un a (sans accent) est la conjugaison du verbe avoir à la troisième personne du singulier : il, elle, on a.
    Pour savoir lequel convient dans une phrase, il suffit de remplacer le a par avait : si la phrase reste cohérente, c'est qu'il s'agit bien du verbe avoir (donc sans accent), sinon, après avoir bien ri, n'oubliez pas l'accent grave :

    • Cet homme a une belle moustache. / Cet homme avait une belle moustache. OUI ! => a
    • Cet homme à la belle moustache s'appelle Dupont. / Cet homme avait la belle moustache s'appelle Dupont. NON ! => à
    • Elle a mangé tous les chocolats. / Elle avait mangé tous les chocolat. OUI ! => a
    • Tous les dimanches, il part à la campagne. / Tous les dimanches, il part avait la campagne. NON => à

    Tout est possible...

    Oui, tout est possible... mais pas forcément correct !
    Possible est invariable quand il vient après le plus, le moins, le mieux :
    • C'est non sans mal qu'elle a réussi à fermer sa valise après y avoir coincé le plus de vêtements possible
    • Consultez ce blog régulièrement pour faire le moins de fautes possible...
    • N'oubliez pas la savonnette pour vous laver les mains le mieux possible !
    Dans tous les autres cas, possible s'accorde au nom auquel il se rapporte :
    • Cette robe existe dans toutes les tailles possibles
    • Ces casse-tête sont à peine possibles.


    Pour s'y retrouver, l'astuce consiste à changer possible par son contraire, impossible... dans la mesure du possible ! 


    Une poêlée de paella ?

    Comme cela arrive souvent, le plat (ustensile de cuisine) a donné son nom à un plat (le mets). On emploie parfois poêle pour poêlée.
    Et la première attestation du mot remonte aux environs de 1150, sous la forme de paielle (dans la chanson de geste Charroi Nîmes, provenant du cycle de Guillaume d'Orange).
    La paella fait son apparition dans nos dictionnaires en 1926 sous la forme paelia, puis en 1938 : paëlla, avec un tréma définitivement perdu en 1963. Ces différentes graphies avaient pour but d'aider à la prononciation...
    Toujours est-il que la recette née dans la campagne valencienne s'est tout de suite appelée paella (en espagnol dans le texte, s'il vous plaît !) parce que le riz était cuit dans une  grande poêle, mot emprunté au catalan paella (attesté depuis le XIVe siècle) lui-même emprunté à l'ancien français paele (poêle).
    Si certains nostalgiques écrivent encore paella avec un tréma, d'autres (à moins qu'il ne s'agisse de la même bande d'irréductibles ?) font appel à leur mémoire reptilienne et troquent l'accent circonflexe de poêle pour, là encore, un tréma... graphie attestée au tout début du XVIIIe siècle, quand on hésitait encore entre poele (sans accent), poële ou poile, pour respecter la prononciation. Finalement, on opta pour poêle (avec un accent circonflexe pour indiquer la labialisation de la voyelle, autrement dit avec un mouvement arrondi des lèvres).
    Par ailleurs, qu'il s'agisse de l'ustensile de cuisine (la poêle), de l'appareil de chauffage (le poêle) ou encore du drap funéraire (le poêle, drap noir pour un adulte, blanc pour un enfant, qui recouvre le cercueil lors de la cérémonie mortuaire), poêle s'écrit pareillement. Simple, non ?

    Quand on perd le nord, on est complètement à l'ouest

    On écrit :
    • le cap Nord, le pôle Nord, le pôle Sud ; 
    • la gare de l’Est, la gare du Nord ; 
    • le Grand Nord ;
    • l’hémisphère nord, l’hémisphère sud.
    Noms ou adjectifs, estnordouest et sud sont invariables. Ils prennent la majuscule quand ils désignent un lieu, et une minuscule quand ils indiquent une direction :
    • J'habite à Boulogne-Billancourt, au sud-ouest de Paris. (direction)
    • J'habite dans le Sud de la France. (région)
    • Elle a complètement perdu le nord (locution synonyme de « perdre la boussole, être troublé »)
    • La gauche a perdu le Nord aux dernières élections. (région)
    Cette règle s'applique tout autant à leurs synonymes ou équivalents :
    • Est : levant, orient ;
    • Nord : borée, septentrion ;
    • Ouest : couchant, occident, ponant ;
    • Sud : midi ;
    • Nord-ouest : noroît (ou norois) ;
    • Sud-ouest : suroît.
    De même pour centre.
    Les formes abrégées ne s'emploient que dans l'expression des latitudes et longitudes et s'écrivent avec le point abréviatif : E.N.O. et S.
    Ouest s'abrège souvent en W. (pour west).
    Enfin, les points composés s'abrègent en N.E. (pour la direction nord-est) ou N.-S. (avec un trait d'union pour l'axe nord-sud).

    Agir de concert ou agir de conserve ?

    En disant « de conserve », on risque la mise en boîte, on passe pour un snobinard... conservateur qui ne manque pas une occasion de dépoussiérer une expression désuète pour nous en mettre plein la vue. Et pourtant...

    Agir de conserve  : Simple mesure de conservation
    Ce n'est pas à Nicolas Appert que l'on doit la locution mais aux premiers marins. Pour traverser les océans, les bateaux ne se risquaient jamais seuls. Ils naviguaient de conserve ne perdant jamais de vue le ou les navires qui les accompagnaient dans leur périple. Sage mesure de conservation au temps des dangers de la marine à voile.

    Agir de concert et agir de conserve sont souvent confondus.
    À tort, car dans concert, il y a concertation, et donc accord préalable : on va de concert quand l'association est consentie et harmonieuse, qu'elle ne fait pas de couac disgracieux.

    Les deux expressions sous-entendent qu'on agit ou que l'on va ensemble, la nuance se joue dans l'intention d'accompagnement.



    Entrain ou en train ?

    L'entrain est la bonne humeur communicative, on peut manifester de l'entrain au travail (j'ai bien dit « on peut », et l'on s'en dispense généralement...).

    Comble de perversité, la locution en train peut également signifier la joie et la gaieté (un boute-en-train) :
    • Il n'est pas très en train en ce moment, il manque d'entrain.
    Mais le plus souvent, en train exprime le déroulement d'une action, une activité en bonne voie d'exécution :
    • Je l'ai surprise en train de s'épiler la moustache.
    Se mettre en train, c'est, pour une personne, s'échauffer, s'activer, et pour un objet inanimé, en commencer l'exécution : 
    • Les footballeurs se mettent en train avant le match.
    • Les invités arrivent dans moins d'une heure, tout n'est pas prêt encore, vite mettons-nous en train !
    • Le gouvernement espère mettre bientôt en train la nouvelle réforme.

    New York et les New-Yorkais

    Eh oui, la ville de New York s'écrit sans trait d'union, alors que le nom de ses habitants et l'adjectif dérivé en prennent un :
    • Les New-Yorkais ont battu les San-Franciscains.
    • L'Empire State Building est l'un des plus fameux gratte-ciel new-yorkais.  


    Les toponymes anglais, amérindiens et inuits s'écrivent sans trait d'union, à moins qu'ils commémorent une personne :
    • L'aéroport John-F-Kennedy.