Cela a la couleur de l'anglais. Mais ce n'est pas de l'anglais !
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Je voudrais attirer votre attention sur mes intentions
Lorsque l'on a l'intention d'écrire un courrier ou une note, on doit l'adresser à l'attention de son correspondant : cette formule indique que l'on souhaite attirer son attention ou que l'on requiert toute son attention.
À l'intention de n'est pas une tournure fautive et signifie même « en l'honneur de », « pour que la personne en bénéficie » : « Dimanche dernier, j'ai préparé mon fameux jambon-chips à l'intention de ma belle-mère. »
outre-Atlantique et outre-mer
Outre-Atlantique se compose de outre (préposition signifiant au-delà) et de Atlantique, l'océan séparant les continents européen et nord-américain. Il désigne plus particulièrement les États-Unis et s'écrit outre-Atlantique, sans majuscule à outre (préposition), mais une à Atlantique (nom propre).
Même traitement pour outre-Rhin (Allemagne), outre-Quiévrain (Wallonie), outre-Manche (Grande-Bretagne), ... mais pas outre-mer, sans majuscule à mer (quelle mer ? il ne s'agit pas d'un nom propre).Un va-nu-pieds
Si le mot n'a pas changé de sens depuis qu'il a fait son apparition (en 1639 : personne très pauvre, misérable, vagabond ; personne très sale, déguenillée), il avait une toute autre orthographe : va nuds pieds (nu s'écrivait alors avec le d de nudité).
On trouve encore va Nuds-pieds (avec un trait d'union) en 1646 pour désigner un petit corps d'Armée de rebelles normands.Et bien qu'une variante ait été proposée en 1990 (un vanupied, des vanupieds), la forme correcte actuelle est un va-nu-pieds (avec deux traits d'union, pas de s à nu mais un à pied).
Bâille baye !
Il existe trois manières d'écrire bâiller, bailler ou bayer.
Le premier, avec l'accent circonflexe sur le a (et non sur le i) est le plus courant, le plus connu : il signifie ouvrir involontairement la bouche, parce qu'on a faim, parce qu'on a sommeil, parce qu'on s'ennuie ou parce qu'on est fatigué (ce qui donne beaucoup d'occasions de bâiller, vous en conviendrez).
On bâille d'ennui ou de fatigue, comme l'on peut bâiller tout court puisque c'est un verbe intransitif.
Une jupe, un chemisier ou une porte peuvent également bâiller quand ils sont mal joints, entrouverts ou carrément béants.
En revanche, si c'est une bouche qui bée d'admiration ou d'étonnement, on utilisera alors le verbe bayer, comme dans les expressions consacrées, bayer aux corneilles, aux grues (rêvasser les yeux en l'air), aux chimères, ou aux nuées (désirer des choses impossibles).Le sens de bayer, intransitif comme son homonyme, s'apparente alors à s'ouvrir (et non être déjà ouvert, comme pour bâiller).
Il y a un troisième bailler, transitif celui-là, dont les différents sens n'ont rien à voir avec les deux premiers : archaïque et idiomatique, il signifie donner (faire don), remettre, livrer, représenter. On baille des fonds comme on baille un coup de main, par exemple ; populaire familier, on la baille belle ou bonne quand on duper une personne en lui faisant miroiter un miroir aux alouettes.
Par acquit de conscience
Acquit ? Eh oui ! C'est bizarre mais c'est comme ça, et ceux qui écriraient par acquis de conscience en pensant bien faire seraient dans l'erreur... ou de fieffés coquins !
Acquis (avec un s) est le participe passé du verbe acquérir et signifie, dans un emploi adjectival, qui appartient à, qui est la propriété de ; qui est entièrement dévoué à ; qui est incontestable. Essayez donc d'appliquer ces différents sens à l'expression, ça ne veut plus rien dire !Acquit est un substantif masculin et ne signifie rien d'autre que l'action d'acquitter (dans le sens de paiement).
Outre la locution (vieillie) par acquit de conscience, on le trouve dans :
- à l'acquit de, en l'acquit de (à la décharge de, pour la libération de) ;
- par acquit de politesse ;
- par manière d'acquit...
Par acquit de conscience met l'accent sur le manque de conviction de celui qui s'acquitte d'une tâche pour soulager sa conscience d'éventuels scrupules.
Un je-ne-sais-quoi
Depuis 1957, et grâce à Vladimir Jankélévitch (Le je-ne-sais-quoi et le presque-rien), tout le monde sait que je-ne-sais-quoi s'écrit avec trois traits d'union. Toujours ? Non ! Ça serait trop facile !
Un je-ne-sais-quoi (des je-ne-sais-quoi) s'écrit bien avec traits d'union quand il s'agit du substantif masculin invariable, mais il faut orthographier je ne sais quoi quand il s'agit du pronom indéfini :
- Il y a chez cette fille un je-ne-sais-quoi qui fait se retourner les hommes sur son passage.
- Il y a dans ma cuisine je ne sais quoi d'immangeable qui fait fuir les invités.
On est d'accord ?
Le verbe s'accorde en nombre et en genre quand on a valeur de pronom personnel, en remplacement de je, tu, nous ou vous.
- On est sorties entre copines.
Mais quand on ne désigne personne en particulier, il impose les marques du masculin singulier aux adjectifs et participes passés qui s'y rapportent.
- On est toujours idiot quand on est amoureux.
S'il ou si il ?
S'il est évident que « s'il » s'écrit avec l'apostrophe de l'élision dans l'expression s'il vous plaît, certains pensent qu'il convient d'écrire « si il » quand, à l'oral, on insiste par la diérèse (prononciation en deux syllabes distinctes de deux voyelles successives) sur l'hypothèse introduite par si.Cependant, à l'écrit, la répétition d'une voyelle est fautive... quoique ! Dans la conjugaison de certains verbes (comme plier), on trouve au subjonctif « que nous pliions, que vous pliiez », mais ça, c'est une autre histoire !
Les mots masculins en -ée
Une trentaine de noms masculins, généralement d'un usage peu courant, se terminent en -ée. Ces noms étaient déjà masculins (ou neutres) dans les langues grecque ou latine. Le e final n'est qu'une trace graphique de la finale latine -um qui a disparu.
- un androcée (ensemble des étamines - pièces mâles - d'une fleur)
- un apogée (point où un astre se trouve le plus éloigné de la Terre, et par extension : le plus haut point où une chose puisse arriver) ;
- un athée (qui nie l'existence de Dieu) ;
- un athénée (dans l'Antiquité, lieu où les rhéteurs et les philosophes se réunissaient à Athènes ; par analogie : lieu où les savants donnaient des cours publics ; par extension : ces cours mêmes ; aujourd'hui, synonyme de lycée) ;
- un caducée ;
- un camée ;
- un colisée ;
- un conopée (moustiquaire ; dans un sens liturgique : voile qui recouvre le tabernacle) ;
- un coryphée (chef de chœur dans le théâtre antique ; grade dans le corps de ballet de l'Opéra de Paris ; personne qui se distingue le plus dans une secte, dans un parti ou qui, dans un groupe, prend la parole pour les autres) ;
- un écomusée (musée de plein air) ;
- un empyrée (dans l'Antiquité et au Moyen Age, c'était la partie la plus élevée du ciel, celle qui été regardée comme le séjour des divinités célestes ou le séjour des bienheureux) ;
- gynécée (atelier de femmes pour le tissage ; sérail ; en botanique : organes femelles des fleurs) ;
- un hyménée (mariage) ;
- un hypogée (construction souterraine destinée à des sépultures) ;
- un lépidostée (poisson d'eau douce) ;
- un lépisostée (brochet-lance réputé pour sa chair aphrodisiaque) ;
- un lycée ;
- un macchabée ;
- un mausolée ;
- un musée ;
- un nymphée (édifice bâti autour d'une fontaine ou d'un bassin, richement décoré de statues) ;
- un périgée (point de l'orbite d’une planète où elle est le plus proche de la Terre) ;
- un périnée (ensemble des tissus entre le sacrum et le coccyx) ;
- un pongée (tissu léger utilisé pour l'ameublement) ;
- un propylée (vestibule conduisant à un temple gréco-romain) ;
- un protée (personne qui change constamment d'apparence, d'attitude ou d'opinion; personne qui joue toutes sortes de rôles, de personnages ; chose qui se présente sous les aspects les plus divers ; en zoologie : amphibien cavernicole ; papillon appelé aussi « azuré des Mouillères ») ;
- un prytanée (dans l'Antiquité grecque, édifice public abritant le foyer où brûlait le feu perpétuel, lieu où le peuple invitait à prendre leur repas les personnes qu'il voulait honorer ; sous la première République, maison d'instruction publique ; On appelle encore aujourd’hui Prytanée le Collège militaire de La Flèche) ;
- un pygmée ;
- un scarabée ;
- un sigisbée (chevalier servant) ;
- un spondée (pied de deux syllabes longues) ;
- un trochée (pied formé de deux syllabes, une longue et une brève ; à ne pas confondre avec une trochée : bouquet d'arbres réunis par le pied) ;
- un trophée ;
- un zée (autre nom du saint-pierre, poisson)
Ouf ! bon nombre de ces mots-pièges sont tout de même d'un usage très très restreint, limitant ainsi les risques de fautes !
Habiter Paris ou habiter à Paris ?
Que doit-on dire ? « J'habite Paris » ou « j'habite à Paris » ? Y a-t-il une formule correcte et l'autre fautive ? Ou ont-elles chacune un emploi spécifique ?
Georges Perec propose une interprétation possible du verbe habiter dans un emploi intransitif (un verbe intransitif est un verbe qui n'a pas de complément d'objet direct ou indirect et ne s'emploie qu'avec des compléments circonstanciels) :
Habiter un lieu
Habiter une chambre, qu’est-ce que c’est ?
Habiter un lieu, est-ce se l’approprier ?
Qu’est-ce que s’approprier un lieu ?
A partir de quand un lieu devient-il vraiment vôtre ?
Est-ce quand on a mis à tremper ses trois paires de chaussettes
dans une bassine de matière plastique rose ?
Est-ce quand on s’est fait réchauffer des spaghettis
au-dessus d’un camping-gaz ?
Est-ce quand on a utilisé tous les cintres dépareillés de l’armoire-penderie ?
Est-ce quand on a punaisé au mur une vieille carte postale
représentant le Songe de sainte Ursule de Carpaccio ?
Est-ce quand on y a éprouvé les affres de l’attente,
ou les exaltations de la passion,
ou les tourments de la rage de dents ?
Est-ce quand on tendu les fenêtres de rideaux à sa convenance,
et posé les papiers peints, et poncé les parquets ?
Cependant une précision s'impose : habiter un lieu signifie « se trouver dans », « se tenir habituellement », et habiter à « demeurer », « résider », « rester », « séjourner ».
Banals ou banaux ?
L'adjectif banal admet deux pluriels, banals et banaux, mais pour deux sens bien distincts : banals est le pluriel de l'adjectif banal (ordinaire, habituel), tandis que banaux est le pluriel de l'adjectif banal se rapportant au ban (dans le droit féodal : dont l'usage était imposé aux vassaux d'un seigneur moyennant une redevance).- Ces hommes banals travaillaient aux moulins banaux.
Agir de concert ou agir de conserve ?
En disant « de conserve », on risque la mise en boîte, on passe pour un snobinard... conservateur qui ne manque pas une occasion de dépoussiérer une expression désuète pour nous en mettre plein la vue. Et pourtant...
Agir de conserve : Simple mesure de conservation
Ce n'est pas à Nicolas Appert que l'on doit la locution mais aux premiers marins. Pour traverser les océans, les bateaux ne se risquaient jamais seuls. Ils naviguaient de conserve ne perdant jamais de vue le ou les navires qui les accompagnaient dans leur périple. Sage mesure de conservation au temps des dangers de la marine à voile.
À tort, car dans concert, il y a concertation, et donc accord préalable : on va de concert quand l'association est consentie et harmonieuse, qu'elle ne fait pas de couac disgracieux.
Les deux expressions sous-entendent qu'on agit ou que l'on va ensemble, la nuance se joue dans l'intention d'accompagnement.
Entrain ou en train ?
L'entrain est la bonne humeur communicative, on peut manifester de l'entrain au travail (j'ai bien dit « on peut », et l'on s'en dispense généralement...).
Comble de perversité, la locution en train peut également signifier la joie et la gaieté (un boute-en-train) :
- Il n'est pas très en train en ce moment, il manque d'entrain.
Mais le plus souvent, en train exprime le déroulement d'une action, une activité en bonne voie d'exécution :- Je l'ai surprise en train de s'épiler la moustache.
Se mettre en train, c'est, pour une personne, s'échauffer, s'activer, et pour un objet inanimé, en commencer l'exécution :
- Les footballeurs se mettent en train avant le match.
- Les invités arrivent dans moins d'une heure, tout n'est pas prêt encore, vite mettons-nous en train !
- Le gouvernement espère mettre bientôt en train la nouvelle réforme.
N'écris pas « çi », mais écris « ça » !
La cédille ne s'emploie que devant a, o ou u et se prononce comme un s sourd (« ss », [S]), comme par exemple dans :
- il agaça, il glaça, il lança, ...
- un garçon, un glaçon, un suçon, ...
- il a perçu, elle a été reçue, il est déçu, ...
Mais elle est inutile avec e et i :
- des lèvres gercées, une glace, une pierre ponce, ...
- ici ou là, ci-devant, merci, ...
Sous l'influence de ça, la faute est souvent commise : « Fais pas çi, fais pas ça », et bien que cela ne s'entende pas dans la chanson de Jacques Dutronc, il convient d'écrire : « Fais pas ci, fais pas ça ».
Balade ou ballade ?
Rien n'interdit d'écouter une ballade pendant une balade.
Une balade (un seul l) est, en langage populaire, une promenade.
Tandis que ballade (deux l) est dérivé de ballar (danser) et a remplacé ballete (chanson à danser) pour signifier une pièce musicale répondant à des règles strictes comme nous le rappelle Cyrano de Bergerac dans la comédie d'Edmond de Rostand :
Cyrano, récitant comme une leçon.
La ballade, donc, se compose de trois
Couplets de huit vers...
Le vicomte, piétinant.
Oh!
Cyrano, continuant.
Et d'un envoi de quatre.
[…]
Déclamant.
"Ballade du duel qu'en l'hôtel bourguignon
Monsieur de Bergerac eut avec un bélître."
Le vicomte
Qu'est-ce que c'est que ça, s'il vous plaît?
Cyrano
C'est le titre.
[…]
Il annonce solennellement :
Envoi.
Prince, demande à Dieu pardon !
Je quarte du pied, j'escarmouche,
Je coupe, je feinte...
Se fendant.
Hé ! Là donc !
Le vicomte chancelle, Cyrano salue.
À la fin de l'envoi, je touche.
La ballade, donc, est une forme fixe de lyrisme courtois de la fin du Moyen Âge, se composant de trois couplets ou strophes de huit vers et d'un envoi de quatre, celui-ci commençant obligatoirement par le mot « Prince », le tout sur trois rimes. Au XIXe siècle, les romantiques ont donné à ce genre d'œuvre une tournure plus souple ; ainsi, les Odes et Ballades de Victor Hugo, publiées en 1826, ne tiennent pas compte de ces prescriptions rigoureuses. Mais il s'agit toujours de poèmes.
Sous l'influence de l'anglo-saxon ballad, le mot renvoie au sens plus large de récit, poésie ou chanson rapportant la vie d'une personne, un épisode dramatique (dans ce sens, synonyme de complainte), sentimental (alors synonyme de romance) ou... comique (La Ballade des Dalton de Joe Dassin).
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